12 avril 2010

Le cas Lucian.

 

Entre deux ballades dans la prairie, j'ai été à Beaubourg découvrir une rétrospective de l'œuvre de Lucian Freud.

Intense.
Oppressante.
Étrange.

  

Étrange, parce qu'elle est construite autour de toiles exclusivement réalisées dans son atelier. Que ce soit pour un nu, ou une vue de jardins, Freud ne sort pas de son atelier pour peindre. C'est comme si cet espace clos le protégeait de tout élément extérieur qui pourrait altérer ses compositions, telles qu'il les imagine.
En résulte une sorte d'intimité que l'on pénètre, en tant que spectateur.

Vous est-il déjà arrivé de visiter une exposition, et tout d'un coup d'avoir l'impression d'être un voyeur qui regarde par un trou de serrure??

Étrange.


Oppressant, parce que la composition des toiles l'est. Freud joue avec les perspectives, et avec notre oreille interne du même coup.
 

Parfois, en adoptant un angle de vue inédit, comme son fameux " Reflection with Two Children ", autoportrait où l'image de l'artiste est distordue par une contre-plongée accentuée.

21_Reflection_with_two_children
Pour ceux qui se le demandent, les deux enfants seraient là, je cite, " pour tempérer le caractère imposant, et relativiser la toute puissance de l'image de l'artiste." 

Souvent, en travaillant sur de déroutantes perspectives, brouillant ainsi toute représentation spatiale, qui, tour à tour, don nent au sujet une envergure impressionnante, ou le clouent au sol, comme écrasé par la pesanteur.

63_LF161_Pompidou

2Large_interior_Paddington

Vous est-il déjà arrivé d'aller voir une exposition, et de vous retrouver presque nauséeuse devant une toile où votre regard va et vient mais jamais ne se fixe, faute de repère spatial?

Oppressant.

 

Intense, parce que ce bon Lucian à une manière bien à lui de peindre le corps nu. Point de sensiblerie ou de coquetterie, il peint l'homme tel qu'il est, dénué de tout artifice.

Au premier regard, c'est d'une certaine manière assez violent, presque obscène.
Au second, on voit la vulnérabilité du corps, au travers de traces indélébiles du temps qui s'inscrivent dans la chair.
Au troisième, on lit l'usure physique et mentale dans le regard vide du modèle.

67_Pluto_and_the_Bateman_Sister

Intense.

Posté par lilipointe à 16:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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